Il y a une théorie assez connue en mathématiques de la décision, appelée « théorie de l’arrêt optimal » (et parfois “problème du secrétaire”) : dans un modèle probabiliste classique, quand on doit choisir une option par des options successives arrivant aléatoirement sans pouvoir revenir en arrière, observer les premiers 37 % sans choisir puis retenir la première option meilleure que toutes les précédentes maximise la probabilité de sélectionner la meilleure option absolue — avec une probabilité de succès de 1/e, e étant une constante, soit environ 37 %. Cette théorie a été popularisée par Martin Gardner dans Scientific American en 1960, puis retracée par Thomas S. Ferguson dans Statistical Science en 1989.
Bien sûr, une recherche d’emploi ne se pilote pas comme un exercice de probabilité, mais le parallèle est quand même intéressant, en particulier pour les postes de direction/Comex, ou pour tous ceux qui représentent un « big step ».
Les personnes qui se mettent à l’écoute du marché ou recherchent activement leur next step ont tendance à osciller entre deux mauvais réflexes :
❌ Accepter trop vite une opportunité parce qu’elle coche “à peu près” les cases
❌ Rester trop longtemps en veille en attendant le poste parfaitement aligné, parfaitement visible, parfaitement sécurisé… qui arrive rarement sous cette forme
Quelques conseils inspirés de cette fameuse règle des 37%…
1️⃣ Le plus important c’est de ne pas brûler la première étape : se donner une vraie phase de calibration pendant quelques semaines, sans chercher à tout prix « le bon poste » :
✅ regarder le marché, les annonces sur LinkedIn
✅ parler à des chasseurs, à son réseau,
✅ travailler la lisibilité de son positionnement en testant plusieurs discours, plusieurs trajectoires possibles
✅ comparer les niveaux de rôle, les périmètres, les packages, les contextes d’entreprise,
repérer les signaux faibles dans les process.
Le but de cette phase n’est pas de multiplier les pistes sans fin, mais de comprendre ce qui est réellement disponible, ce qui est rare, ce qui est négociable, et ce qui ne l’est pas.
2️⃣ Ensuite, il faut arrêter de comparer chaque opportunité à un idéal abstrait, et commencer à la comparer au marché réel. Est-ce que ce rôle donne plus de pouvoir, plus d’exposition, plus de moyens, plus d’impact ou plus d’apprentissage que ce que vous avez vu jusque-là ? Est-ce qu’il vous rapproche clairement de votre trajectoire cible ? Est-ce que les concessions demandées sont acceptables, ou est-ce qu’elles touchent à vos non-négociables ?
🎯 L’objectif devient alors plus concret : il ne s’agit pas d’attendre le poste parfait, mais de reconnaître le moment où une opportunité dépasse suffisamment les options observées, tout en respectant vos critères essentiels. Et par conséquent, la prise de décision devient plus simple.
De façon pratique, avant de démarrer une recherche, définissez trois données clés :
🗝️ vos non-négociables
🗝️ vos critères de progression
🗝️ votre horizon de décision
Par exemple : pas de rôle sans accès Comex, pas de transformation sans moyens, pas de titre supérieur avec un périmètre plus faible, pas de package qui vous fait reculer, pas de culture qui rendra l’exercice impossible.
Puis, une fois cette grille posée, acceptez de décider quand une opportunité solide apparaît, au lieu de rouvrir éternellement la comparaison.
📌 La règle des 37 % ne dit pas de choisir vite et à tout prix, c’est plutôt l’inverse : prenez le temps d’analyser le marché, puis sachez vous arrêter quand vous avez assez d’informations pour reconnaître une vraie opportunité. Pas de doute ni de regret, les maths seront avec vous !